Qeeps : quand la frustration personnelle devient solution professionnelle dans la creation du dossier locataire
C’est une histoire qui commence par l’expérience vécue. Simon Vidal et son associé, fondateurs de qeeps, ont eux-mêmes subi les affres de la recherche locative dans plusieurs grandes métropoles mondiales — Shanghai, Londres, New York, Paris, Lyon ou encore Cergy-Pontoise. Dossiers sans réponse, processus opaques, absence de suivi : le constat est sans appel. De l’autre côté du miroir, les agents immobiliers croulent sous des boîtes mail saturées, gèrent les candidatures de manière dispersée et peinent à sécuriser leurs pratiques. De cette double frustration est née, il y a cinq ans, une solution digitale française : Qeeps.
Un outil taillé pour les deux parties
L’ambition de Qeeps est claire : fluidifier le processus de candidature locative en servant simultanément les candidats et les professionnels de l’immobilier. Du côté des locataires, la promesse est simple mais puissante — un dossier unique, réutilisable pour autant de candidatures que souhaité. L’utilisateur enregistre ses informations et ses documents une bonne fois pour toutes, puis les soumet en quelques clics à chaque bien qui l’intéresse. Il bénéficie en outre d’une visibilité sur l’avancement de ses candidatures, ce qui rompt avec l’opacité chronique qui caractérise trop souvent ce marché.
Pour les agences et les professionnels de l’immobilier, les bénéfices sont tout aussi concrets. qeeps leur propose une interface centralisée pour collecter et pré-qualifier les dossiers, loin du chaos des boîtes mail. La plateforme sécurise les documents transmis — un enjeu majeur dans un secteur exposé à la fraude documentaire — et assure la conformité au RGPD, ce qui représente une préoccupation croissante pour les acteurs du marché. Le gain de temps est également au cœur de la proposition de valeur : les tâches chronophages liées à la gestion des dossiers sont automatisées, et les professionnels peuvent même capitaliser sur les candidatures reçues en proposant un même dossier sur plusieurs biens.
L’intégration, nerf de la guerre
Un point clé différencie qeeps d’une simple application de gestion documentaire : son interopérabilité avec l’écosystème existant. La solution s’intègre aux logiciels métiers des agences — CRM, ERP — via des API ou des passerelles tierces. Concrètement, cela signifie l’élimination de la double saisie, cauchemar quotidien de nombreux collaborateurs d’agences, et la possibilité de multidiffuser les annonces sans friction supplémentaire. Cette capacité d’intégration est d’ailleurs l’un des axes de développement prioritaires pour les prochains mois.
Résilience et pragmatisme dans un marché difficile
Le chemin n’a pas été sans embûches. Simon Vidal l’admet volontiers : au démarrage, vendre un logiciel à des professionnels de l’immobilier était perçu comme une démarche mal venue. Le secteur, attaché à ses habitudes, n’était pas naturellement réceptif. Mais la donne a progressivement changé. Les agences cherchent de plus en plus à automatiser et à sécuriser leur activité, ce qui facilite aujourd’hui le travail de conviction.
La période récente n’a pas non plus été clémente économiquement — contexte post-Ukraine, raréfaction des investissements, fermetures d’agences. Face à ces vents contraires, qeeps a choisi la voie du pragmatisme : construire un modèle économique fondé sur l’utilité réelle des fonctionnalités et la rentabilité concrète pour ses clients, plutôt que sur des effets d’annonce.
Le rejet assumé du « buzzword IA »
Sur la question de l’intelligence artificielle, Qeeps adopte une position délibérément à contre-courant. Alors que beaucoup de startups proptech brandissent l’IA comme argument commercial central, la solution n’en fait pas un cheval de bataille. La seule intégration d’IA chez qeeps se résume à un chatbot de support client, alimenté par une FAQ enrichie et capable de fournir des réponses instantanées. Pour le reste, l’entreprise considère que l’IA reste souvent un « buzzword » vidé de substance, et préfère investir dans la robustesse et la pertinence fonctionnelle de son produit.
Une feuille de route guidée par le terrain
Ne venant pas du monde de l’immobilier, les fondateurs ont fait de l’écoute client leur boussole. La feuille de route produit évolue directement au gré des retours des professionnels, collectés notamment via une fonctionnalité dédiée dans le chatbot. Cette co-construction permanente est présentée comme une garantie d’adaptation continue aux réalités du terrain.
Côté perspectives, l’ambition est d’élargir le réseau de partenaires au-delà des franchises et réseaux déjà intégrés — comme Orpi et le GNI — pour toucher l’ensemble du marché avec une proposition de valeur renforcée.