Icawood et WO2 : le pari du bois pour décarboner l’immobilier tertiaire

À la tête d’Icawood, fonds d’investissement dédié à l’immobilier bas carbone, Laurence Desmazières porte depuis plus de dix ans une conviction simple : le bois n’est pas une alternative marginale à la construction traditionnelle, mais une technologie éprouvée capable de remplacer le béton dans une large partie des immeubles neufs. Présidente d’Icawood et associée du groupe WO2, elle incarne une filière qui passe, selon ses propres mots, « des grands débats et philosophies à l’action ».

Un fonds exclusivement dédié au bas carbone

Lancé en 2019, Icawood est doté de 750 millions d’euros de fonds propres et développe 350 000 m² de projets mixtes, principalement des bureaux, dans le Grand Paris. WO2 en assure la promotion. À la différence de nombreux acteurs qui intègrent progressivement des critères environnementaux à leurs opérations, le groupe s’est positionné dès l’origine sur un seul créneau : l’immobilier bas carbone, sans concession.

Le bois, une technologie ancienne remise au goût du jour

Loin d’être une innovation de rupture, la construction bois s’appuie sur un savoir-faire ancien en France, illustré historiquement par les travaux de Jean Prouvé sur le bois lamellé-collé, et largement répandu dans des pays comme le Canada. Deux techniques structurent aujourd’hui les grands projets tertiaires : le bois lamellé-collé, qui permet de réaliser poteaux et poutres, et le bois lamellé-croisé (CLT), qui forme de grands panneaux structurels aux capacités comparables à celles du béton armé — au point de pouvoir s’y substituer dans de nombreuses configurations de construction neuve.

Les atouts du matériau dépassent la seule question carbone. Le bois est reconnu pour ses qualités de bien-être et de confort, documentées par de nombreuses études scientifiques, ainsi que pour ses performances d’isolation thermique. Son absence d’inertie thermique en fait également un allié face au changement climatique, en limitant l’effet d’îlot de chaleur urbain et en rendant les villes plus vivables pendant les canicules. Correctement protégé des variations d’humidité, il affiche par ailleurs une durée de vie quasi infinie — les planchers et poutres des immeubles haussmanniens, en grande partie en bois, en témoignent. Enfin, en tant que puits de carbone, le bois de structure stocke le CO2 capté par la forêt durant toute la durée de vie du bâtiment.

Marcadet Belvédère, vitrine parisienne du savoir-faire

Le projet Marcadet Belvédère, dans le 18e arrondissement de Paris, illustre cette approche. Lauréat du Grand Prix BBCA de la construction neuve, il transforme une ancienne halle ferroviaire de la SNCF longue de 180 mètres linéaires, combinant réemploi de l’existant et structure bois neuve. L’ensemble, entièrement construit en bois, stocke 3 000 tonnes de CO2. Il accueille des usages multiples : une résidence étudiante, des locaux pour la police municipale du 18e arrondissement, un restaurant pour les agents de la ville et un immeuble de bureaux accueillant plus de 2 000 personnes. Un jardin suspendu de plus de 4 000 m², associant patios plantés et pleine terre sur un mètre de terreau, complète le projet.

CB3 à La Défense et l’hôtellerie bas carbone

À La Défense, WO2 restructure la tour CB3, qui accueillera le siège France de Sanofi et ses 2 800 collaborateurs. Le parti pris y est singulier : réduire volontairement la surface exploitable au profit de la qualité des espaces. La structure béton existante est conservée, mais habillée d’une façade à structure et revêtement bois — une première à La Défense — qui contribue à créer une atmosphère résidentielle par l’ouverture des espaces intérieurs.

Le groupe étend également son approche à l’hôtellerie de luxe, avec un second hôtel 5 étoiles pour la famille Veil à Courchevel, entièrement en structure bois et conçu par l’architecte Philippe Starck.

Une dynamique qui dépasse l’Île-de-France

Qu’il s’agisse de fonds propres ou d’opérations menées pour des tiers, WO2 entend poursuivre le développement de l’immobilier bas carbone au-delà de Paris et de La Défense, avec des projets déjà engagés en région, à l’image de Courchevel, et une ambition affichée de développement à l’international. Une trajectoire qui confirme, projet après projet, que la construction bois n’est plus une niche mais une composante à part entière de la décarbonation du secteur immobilier.

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Sibca 2026 : Laurence Desmazieres
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