Le regroupement de crédits : un métier d’experts au service des ménages fragilisés
Le regroupement de crédits (RAC) est une opération financière qui consiste à fusionner plusieurs dettes — crédits à la consommation, crédits renouvelables, découverts bancaires, dettes fiscales ou familiales — en un seul et unique prêt, avec une mensualité réduite et une durée allongée. Longtemps perçu comme un produit de l’ombre, pratiqué par des acteurs peu scrupuleux surnommés « vautours », le RAC est aujourd’hui l’un des secteurs du crédit les plus encadrés et surveillés en France.
Un cadre réglementaire solide
La loi Lagarde de 2010 et ses décrets d’application d’octobre 2012 ont profondément structuré le marché, en définissant clairement le produit, les obligations des acteurs et les droits des consommateurs. Les professionnels sont désormais soumis à un devoir de conseil strict : ils doivent démontrer l’intérêt réel de l’opération pour le client — avec un gain minimum de 10 % sur les mensualités —, l’informer des conséquences d’un nouvel endettement et s’assurer de la clôture des anciens contrats. La publicité est également encadrée pour éviter tout terme trompeur. Ces évolutions réglementaires ont professionnalisé le secteur et renforcé la confiance des emprunteurs : 90 % des clients se disent aujourd’hui prêts à recommander le produit.
Deux grandes typologies
Le RAC se décline en deux formes principales. Le RAC à la consommation (RAC Conso) s’adresse aux locataires ou propriétaires sans mobilisation de leur bien immobilier, soumis au taux d’usure consommation. Le RAC hypothécaire (RAC Immo) implique une garantie immobilière, s’applique dès lors que la part des créances immobilières dépasse 60 % du total, et relève de la réglementation immobilière. Dans les deux cas, il est possible d’intégrer une trésorerie complémentaire pour financer un nouveau projet.
Des profils clients variés
Contrairement aux idées reçues, le recours au RAC ne se limite pas aux ménages en grande difficulté. Les clients concernés sont souvent victimes d’accidents de la vie — divorce, maladie, perte d’emploi —, qui représentent 20 % des dossiers hypothécaires pour les seules séparations. Mais on trouve aussi des profils préventifs : des pré-retraités anticipant une baisse de revenus, des familles finançant les études supérieures de leurs enfants, ou des investisseurs cherchant à libérer leur capacité d’endettement pour de nouveaux projets locatifs. Le « RAC de RAC » — c’est-à-dire les clients ayant déjà eu recours à cette opération — représente jusqu’à 40 % de la production chez certains acteurs, distinguant les clients fragilisés des bons gestionnaires qui utilisent le produit comme un outil budgétaire tous les quatre ou cinq ans. Dans tous les cas, 80 % des clients constatent une baisse de stress significative après l’opération.
Le rôle clé des spécialistes et des intermédiaires
Les banques traditionnelles peinent à traiter ces dossiers complexes, faute d’outils dédiés, d’expertise suffisante ou d’intérêt commercial. Les banques spécialisées — comme Créatis pour le RAC Conso ou My Money Bank pour le RAC hypothécaire — disposent d’analystes formés, de processus adaptés et de scores de risque sophistiqués. Elles n’exigent pas la domiciliation des salaires, préservant ainsi la relation entre le client et sa banque principale. Entre les deux, les intermédiaires — packagers ou courtiers — jouent un rôle indispensable : ils conseillent, montent les dossiers et orientent vers le bon financeur. Des réseaux comme Bankiz (Bankiz) structurent ce maillon avec conventions bancaires, accompagnement juridique et outils informatiques.
Un métier du refus et de l’accompagnement
Le RAC est un secteur exigeant : les taux de transformation restent limités — environ 30 % chez certains packagers — car de nombreux profils sont trop risqués pour être financés. Les banques spécialisées ne se rémunèrent que sur le crédit consenti, sans produits complémentaires, ce qui justifie des taux plus élevés que les prêts immobiliers classiques (environ 4,50 % contre 3,15 % à 3,20 %). Une nouvelle pratique émerge pour répondre à cette réalité : le « coaching budgétaire », par lequel les courtiers accompagnent leurs clients sur plusieurs mois pour assainir leur situation financière avant de les présenter aux financeurs, construisant ainsi une relation de « courtier familial » sur le long terme.
En définitive, le regroupement de crédits est bien davantage qu’une opération financière : c’est un acte de conseil, d’expertise et d’éducation financière, au service de ménages qui cherchent avant tout une bouffée d’air pour reprendre le contrôle de leur budget.
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