Fans du crédit
Animé par: Bruno ROULEAU
Invités: Philippe Crevel
Le financement des entreprises françaises a progressé de 3,7 % sur un an en février 2026, selon la Banque de France, alors même que le pays a enregistré un nombre record de 68 564 défaillances en 2025. Autrement dit, l’accès au crédit résiste mais le tissu économique reste sous forte tension. Le paradoxe est complet : 2025 aura été à la fois une année record pour les faillites et pour les créations d’entreprises. Pour décrypter ce grand écart et se projeter sur 2026, Bruno ROULEAU a reçu l’économiste Philippe CREVEL, directeur du Cercle de l’Épargne. Voici l’essentiel de son éclairage sur le financement professionnel et les tendances à surveiller cette année.
Financement des entreprises : quel bilan tirer de 2025 ?
2025 restera une année à double visage : record de faillites, mais aussi record de créations d’entreprises. C’est le point de départ de toute lecture du financement professionnel en 2026.
Côté défaillances, la Banque de France a recensé 68 564 procédures sur les douze mois achevés en décembre 2025, soit une hausse de 3,5 % par rapport à 2024 et un nouveau record historique. Son Bulletin n° 265 précise que ce total dépasse de 15 % la moyenne 2010-2019 mais que le rythme d’augmentation ralentit nettement (+3,6 % en 2025 contre +17,7 % en 2024).
Côté dynamisme, le contraste est saisissant : selon l’INSEE, plus de 1,16 million d’entreprises ont été créées sur douze mois glissants fin 2025, en hausse de 4,9 % (Crédit Agricole – Études économiques). Le marché des entreprises n’est donc pas en récession : il se renouvelle à grande vitesse, avec une sélection darwinienne accélérée par la fin des aides Covid et la remontée des taux.
Le crédit aux entreprises va-t-il accélérer en 2026 ?
Oui, au premier trimestre 2026 le crédit aux entreprises reste solide et l’accès au financement d’investissement demeure très élevé. La contraction redoutée après la remontée des taux n’a pas eu lieu.
Les données de la Banque de France le confirment :
- La croissance du financement des entreprises non financières a atteint 3,7 % sur un an en février 2026, en légère hausse par rapport à janvier (3,6 %), portée par l’émission de titres de dette (+6,1 %).
- Les taux d’obtention des crédits d’investissement restent au plus haut : 98 % pour les PME et 93 % pour les ETI au premier trimestre 2026 (Finnewz).
Le message est clair pour les dirigeants : le crédit d’investissement continue de passer, à condition de présenter un dossier solide. La vigilance se déplace désormais vers la trésorerie et le coût du crédit, plus élevé qu’avant 2022.
Immobilier et services : quels secteurs profitent le plus du crédit ?
Les activités immobilières font partie des secteurs où le financement bancaire progresse le plus en 2026, un signal important pour les professionnels de la pierre.
Selon la Banque de France, la croissance du financement demeure positive pour les conseils et services aux entreprises (+10,3 %), le transport et l’entreposage (+4,9 %), les activités immobilières (+4,8 %) et l’agriculture (+2,0 %), alors qu’elle reste négative dans l’industrie. La reprise du crédit n’est donc pas uniforme : elle est tirée par les services et l’immobilier, deux secteurs au cœur de l’écosystème du courtage et de l’immobilier professionnel.
Pourquoi faut-il rester prudent avec les prévisions économiques en 2026 ?
Parce que la période est marquée par une incertitude exceptionnellement forte, qui rend tout exercice de prévision périlleux. C’est l’avertissement liminaire de Philippe Crevel dès le début de l’entretien.
L’économiste rappelle que faire des prévisions devient « extrêmement dangereux, surtout dans une période de très forte incertitude », et assume la part d’aléa du métier avec humour : « Pourquoi les pythies, les devins ont inventé les économistes ? C’est pour se sentir moins seuls », lance-t-il. Une manière de poser le cadre : les projections 2026 doivent être lues comme des scénarios de travail, pas comme des certitudes.
Ce rappel est utile pour les professionnels du financement, tentés de bâtir des business plans sur des trajectoires de taux ou d’activité présentées comme acquises. La prudence méthodologique est ici une qualité, pas un aveu de faiblesse.
Ce que les courtiers et professionnels de l’immobilier doivent retenir
Le financement reste accessible en 2026 mais dans un environnement plus sélectif et plus cher qu’avant 2022 un contexte qui renforce le rôle du courtier. Trois enseignements se dégagent de l’épisode et des données de marché.
- La sélectivité s’accentue : les banques accordent encore largement les crédits d’investissement (98 % pour les PME), mais analysent chaque dossier avec une exigence renforcée. La qualité du montage devient un facteur différenciant.
- Le renouvellement du tissu économique est un gisement : avec 1,16 million de créations en 2025, la demande de financement de projets et de trésorerie reste soutenue.
- L’immobilier professionnel garde un accès au crédit favorable, le financement des activités immobilières progressant de 4,8 % début 2026.
Pour les réseaux d’agents, les courtiers en crédit et les acteurs du financement, l’enjeu n’est plus tant l’accès au crédit que l’accompagnement dans un marché où les faillites restent nombreuses et où la trésorerie fait la différence.
Conclusion
En 2026, le financement des entreprises françaises tient bon : le crédit progresse de 3,7 % et l’immobilier fait partie des secteurs les mieux servis, mais le record de défaillances de 2025 rappelle que la reprise est fragile et inégale. Le message de Philippe Crevel invite à la lucidité : dans une période « extrêmement dangereuse » pour les prévisions, mieux vaut raisonner en scénarios qu’en certitudes.
La Banque de France a recensé 68 564 défaillances d’entreprises sur les douze mois achevés en décembre 2025 en hausse de 3,5 % sur un an et à un niveau record. Son Bulletin n° 265 fait état de chiffres très proches (68 602 procédures) et souligne un rythme de progression bien plus faible qu’en 2024.
Oui. Le financement des entreprises non financières a progressé de 3,7 % sur un an en février 2026, selon la Banque de France, porté notamment par l’émission de titres de dette (+6,1 %). Le crédit d’investissement reste largement accordé.
L’accès reste élevé mais sélectif. Au premier trimestre 2026, les taux d’obtention atteignent 98 % pour les PME et 93 % pour les ETI pour les crédits d’investissement, selon les données relayées à partir de la Banque de France. Les établissements analysent toutefois les dossiers avec une exigence accrue.
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