LCBI : vers un référentiel européen unique pour le bâtiment bas carbone.
Nous avons rencontré au Sibca 2026, Cécile DAP, Directrice de LBCI
Face à la multiplication des méthodes nationales de calcul de l’empreinte carbone, l’initiative LCBI (Low Carbon Building Initiative) s’impose progressivement comme le langage commun de la décarbonation immobilière en Europe. Lancée en 2022 par l’association BBCA (Bâtiment Bas Carbone) aux côtés d’un groupe d’acteurs majeurs du secteur — AXA, BNP, Generali, Ivanhoé Cambridge ou encore BPI Real Estate —, elle répond à un constat simple : chaque pays européen dispose de sa propre méthode de comptabilisation carbone, rendant impossible toute comparaison fiable entre actifs immobiliers d’un pays à l’autre.
Un référentiel commun, deux ans de travail
C’est pour combler ce vide méthodologique que LCBI a été créée. Pendant près de deux ans, l’initiative a réuni des experts en comptabilité carbone pour construire un référentiel harmonisé, capable de mesurer et de limiter les émissions carbone des bâtiments selon une méthode unique à l’échelle européenne. Ce travail a débouché sur le label LCBI, qui atteste aujourd’hui du caractère bas carbone d’actifs tertiaires — bureaux, hôtels, logistique — dans dix pays européens.
La démarche reste pour l’instant volontaire : elle s’adresse aux promoteurs et investisseurs qui souhaitent aller au-delà des obligations réglementaires et se fixer des objectifs de décarbonation supplémentaires. Mais le cadre réglementaire évolue vite. En France, la RE2020 impose déjà des plafonds d’émissions carbone sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments neufs. Et à partir de 2030, une réglementation européenne comparable devrait généraliser cette obligation de mesure et de limitation des émissions à l’échelle du continent. Dans ce contexte, disposer d’un référentiel harmonisé et déjà éprouvé constitue une longueur d’avance pour les acteurs qui l’adoptent dès aujourd’hui.
Se prémunir contre deux risques
Au-delà de la conformité réglementaire, l’intérêt du bâtiment bas carbone se lit à travers deux types de risques que ces actifs permettent d’anticiper. Le premier est un risque réglementaire : construire ou rénover selon des standards bas carbone évite qu’un actif ne devienne obsolète lorsque les seuils d’émissions se durciront, un scénario que la trajectoire européenne rend de plus en plus probable. Le second est un risque énergétique et économique : la décarbonation d’un bâtiment passe le plus souvent par un recours accru à des énergies propres, généralement moins exposées à la volatilité des prix. Une performance qui se traduit directement par une réduction des charges pour les occupants, qu’il s’agisse d’investisseurs institutionnels, d’entreprises locataires ou de particuliers.
Une expansion portée par le privé, la France en fer de lance
LCBI ne compte pas s’arrêter à ses dix pays actuels. L’initiative travaille à étendre sa couverture géographique, un chantier qui suppose d’identifier, marché par marché, des partenaires locaux capables de tester la méthodologie sur des projets pilotes avant toute généralisation. Ce sont d’abord les acteurs privés qui portent cette dynamique, bien davantage que les pouvoirs publics. Et parmi eux, les entreprises françaises se distinguent par leur avance : la maturité réglementaire acquise avec la RE2020 en fait des références qui inspirent aujourd’hui la construction du cadre européen.
Un nouveau référentiel dédié à la logistique
Signe de la montée en puissance de l’initiative, LCBI lance un référentiel européen spécifiquement conçu pour le secteur de la logistique. Ce chantier répond à une demande directe d’une dizaine d’acteurs du secteur — parmi lesquels AEW, Virtuo, GSE, Lidl ou encore Steph —, confrontés à un besoin croissant : celui de pouvoir faire certifier et vérifier de façon indépendante et fiable leurs engagements bas carbone. La logistique, secteur en forte croissance et particulièrement exposé aux enjeux fonciers et énergétiques, cherchait un cadre de référence qui lui soit propre plutôt qu’une transposition des standards tertiaires classiques.
Ce nouveau label logistique sera certifié par deux organismes indépendants, Bureau Veritas et CertiVEA, garantissant aux investisseurs et aux locataires une évaluation rigoureuse et reconnue.
Un cadre appelé à devenir la norme
À mesure que la réglementation européenne se resserre et que les investisseurs intègrent le risque climatique dans leurs stratégies d’allocation, des référentiels comme LCBI apparaissent moins comme une option que comme une anticipation nécessaire. En construisant un langage commun de la mesure carbone, l’initiative se positionne comme un outil clé pour accompagner la transition bas carbone du secteur immobilier européen, bureaux, hôtels et désormais logistique compris.
lhttps://www.lowcarbonbuilding.com/