
Les Signaux Du Crédit
Tandis que les incendies ravagent l’Europe, que la FIFA vit un séisme fonctionnel et que l’actualité géopolitique internationale demeure brûlante, le seul domaine où l’accalmie semble s’être installée concerne le marché des taux d’intérêt.
Certes, la Banque Centrale Européenne a permis de souffler un peu en ne changeant pas ses principaux taux directeurs lors de la réunion du 23 juillet dernier. Certes, les banques connaissent d’excellents résultats sur le premier semestre mais elles appréhendent la difficile captation de nouveaux clients avec le ralentissement de l’activité immobilière.
Alors, satisfaisons-nous de cette période de répit qui permet aux porteurs de projets, ceux qui ne sont pas en congés et qui ont bien préparé lesdits projets, de profiter d’une fenêtre d’opportunité.
Demain est toujours incertain, mais il y a des incertitudes plus fortes que d’autres.
Le manque de visibilité continue de peser sur le logement
En effet, le déficit ne semble plus pouvoir être enrayé. Même le Premier ministre semble avoir jeté l’éponge.
Le Logement est enlisé, malgré les déclarations successives, pleines de bon sens mais sans action et surtout sans marge de manœuvre pour leur mise en application.
Le monde politique s’est mis en mode « élections » (avec plus d’une trentaine de candidatures déclarées, ce n’est plus une mode, c’est une vague !), offrant un spectacle bien triste au citoyen moyen comme moi. Rien donc à attendre de ce côté-là.
De leur côté, les banques ont tenu le cap jusqu’ici mais l’urgence des chantiers liés à l’intelligence artificielle, l’empilement des nouvelles couches de réglementations européennes ou internationales et la pression sur le refinancement, avec une OAT qui culmine entre 3,94 % et 4,00 % depuis plusieurs jours ne laissent pas beaucoup d’espoir à la témérité.
Enfin, même le marché immobilier peine. Pas étonnant, avec toutes ces incertitudes et ces obstacles. Quand bien même l’appétence pour l’acquisition reste forte « heureusement » les fortunés attendent les opportunités et les nécessiteux se résignent à rester en place dans leur logement actuel.
De quoi a-t-on besoin pour que ça reparte ? De visibilité, d’un dynamisme, de messages politiques sincères et forts, d’actes volontaristes et d’exemplarité.
Cela ne semble pas insurmontable… Et pourtant, la déception et la résignation semblent s’être installées… au moins jusque mi-2027.
Une accalmie bienvenue sur les taux de crédit immobilier
Rassurées par la décision de la BCE de maintenir ses taux directeurs en l’état, les directions financières des banques en France ont pu ajuster leurs prévisions mensuelles en redonnant un peu de marge aux porteurs de projets.
Pas grand-chose : entre 0,05 et 0,10 %, mais psychologiquement c’est important.
Histoire de finir de capter les derniers projets de l’année 2026, en attendant une rentrée de septembre sous haute surveillance. Car le secteur bancaire s’est fait une raison : 2026 ne sera pas une très grande année de production de crédits.
De plus, les incertitudes sur les coûts de refinancement se sont multipliées tout le premier semestre, les âpres discussions sur l’entrée en vigueur de nouvelles normes réglementaires internationales (CRR3 issue de Bâle 3), ou encore les incertitudes sur les conséquences de l’arrivée de l’euro numérique font que la période pourrait se clôturer, à l’instar d’une campagne de soldes décevante.
D’ores et déjà, les offres « booster » qui accompagnent les primo-accessions commencent à disparaître un peu partout. Quant aux barèmes de taux, même si l’affichage est stable, la négociation devient plus compliquée.
Un marché immobilier toujours en manque de perspectives
Mais c’est surtout l’absence de perspective d’un mieux qui empêche les banques de se montrer plus enjouées.
L’investissement locatif demeure gravement en panne, par manque de clarté et d’assurance d’une pérennisation des décisions fiscales.
Le Neuf est dans le rouge le plus vif. Du jamais vu depuis 80 ans.
Et les négociations dans l’Ancien patinent depuis deux mois.
Tout cela sur fond de déficit budgétaire ressemblant désormais au tonneau des Danaïdes et impactant la charge de la dette nationale, tant en montant qu’en coût.
On évoque désormais 100 milliards d’intérêts d’ici 2 à 3 ans, soit le budget d’un des ministères régaliens les plus importants…
Une stabilité relative des taux d’intérêt en août 2026
Pour ce mois d’août, les banques ont choisi de se réaligner et de stabiliser les grilles affichées.
On a même quelques réductions sur les durées de 15 et 20 ans pouvant aller jusqu’à 0,10 %.
La SG a réactualisé son offre hyper agressive et le marché se tient désormais dans des fourchettes assez similaires.
Un signe qui ne trompe pas sur la prudence des prêteurs et sur les projections d’achats : plusieurs banques ont stoppé leurs offres « booster » pour les primo-accédants, à taux réduit.
Tout ceci donne pour notre baromètre, les indications de taux suivantes :
- Sur 15 ans : entre 3,30 % et 3,75 %
- Sur 20 ans : entre 3,40 % et 3,85 %
- Sur 25 ans et plus : entre 3,50 % et 3,95 %
- Prêts relais : entre 3,50 % et 4,30 % (inchangé)
- *Tous les taux sont indiqués hors assurance
Pour rappel, ces taux indiqués sont des fourchettes raisonnables constatées. Attention aux taux parfois affichés plus flatteurs. De plus, les profils les plus aisés peuvent espérer encore obtenir des dérogations ponctuelles.
Le dernier virage de l’année pour les porteurs de projets ?
Pour les porteurs de projets, c’est le dernier virage de l’année pour lancer son dossier de financement. Avec un peu d’apport, vous trouverez encore des banques intéressées.
Pour les professionnels, le mois d’août va être synonyme de modifications profondes dans les actes commerciaux : avènement de l’IA Act, entrée en vigueur de la loi sur le démarchage téléphonique, 21ème lot de sanctions économiques contre la Russie et élargissement des professions concernées par Tracfin.
Bruno ROULEAU
Délégué général de la Fédération du Courtage en Crédit


